Je maintiendrai vos yeux ouverts lorsque la lumière aveuglante des phares bondira sur vous, je vous empêcherai de crier votre peur, vous forçant à l'avaler, encore et encore, toujours plus, jusqu'à ce qu'elle pénètre dans l'antre secret de votre âme. Je me déguiserai, je serai à votre place, derrière les vitres, ce sera mon visage, ma face grimaçante que vous verrez, mes yeux truffés de haine et de cruauté vous fixeront inlassablement,ma bouche s'étirera en un long hurlement, rire tonnant. Et encore postée sur le bord de la route, votre carcasse gelée, anéantie par ma force, mes peurs vaincues, ma paranoïa écrasée, je serai maître, toujours, de vous, pauvres humains.
Vivre, c'est crier, hurler à chaque seconde, à chaque minute, haletant, pleurant, rampant. Les genoux écorchés, les mains en sang, se battre. En silence, maux sans mots, sourire triste sous les larmes, le soleil dans les yeux. Vivre pour aimer, aimer à en crever. Pourquoi ?
Quand rien ne va plus, Ô ciel étoilé, redonne-nous espoir pour qu'en ce monde si bas la vie ne se meure.
Un jour, pourtant, tout s'éteindra. Vie, qui es-tu ?
C'est dans l'indifférence que je me lève tous les jours, insensible quoiqu'il arrive, et que je commence ma journée. Dans l'indifférence aussi, je la poursuis, le soleil, la pluie, tout est pareil à mes yeux, tout m'est égal. Enfin, pourquoi en terminer autrement que par l'indifférence, c'est insensible, impassible que je m'endors le soir, misérable vie sans but, à demain.
Si j'étais seule au monde, je m'en irais sur le rivage, pieds nus dans la boue, cheveux emmêlés par les bourrasques et je m'assiérais par terre, entre les branches mortes, entre les feuilles détruites par le temps. Et encore je serais triste, accablée par un manque. Ma tête se pencherait sur l'eau grise du soir d'automne et je verrais mon reflet sourire entre les nuages.
Ma main se tendrait, cherchant en vain à atteindre un peu de chaleur, une autre main à tenir, à serrer avec amour.
Des vagues viendraient décapiter mon reflet, elles défileraient tels le temps et les rides sur mon visage. Sous un torrent de larmes, anéantie, je m'évanouirais, seule au monde, à jamais.
Je suis ivre, elles sont là, les voix autour de moi, partout, elles entrent en flots dans ma tête, se bousculent, m'envahissent, tellement que j'en tremble. Bruits de talons, nerveux, rires au loin, conversations qui se mêlent, mots qui s'échappent, tout, tout, sans fin, sans ordre, sans sens.
Mes mains, elles me bouchent les oreilles, fort, et mon crâne semble vouloir se briser, mais j'entends toujours, le bruit étouffé, des cris, des chants, du bruit, encore du bruit. Je suis ivre, sortez de ma tête, sortez, fuyez, laissez-moi enfin, réveillez-moi, je me sens mal.